
Comme je l’avais déjà écrit lors du premier “rendez-vous des Archcavistes” en novembre dernier : “Le Capybara n’est pas seulement un rongeur, c’est également une vinothèque tenue par un passionné de vins authentiques et éthiques sur le plan environnemental. Œnologue diplômé de Changins, Andrea a ouvert à Nyon Le Capybara en 2018, avec passion et dynamisme. J’apprécie depuis toujours les échanges avec le maître de céans et c’est ainsi que l’idée de réunir nos deux passions et métiers a germé. Le “rendez-vous des Archcavistes” était né ! Le but est de proposer un nouveau format des Archives du Vin en mode “Après le travail” (pour parler en bon français). Le concept est le même que les repas que j’organise à l’accoutumée à la différence que les vins ne sont pas servis au restaurant lors d’un repas gastronomique mais au milieu des étals d’un sympathique caviste”. Bouchées ou verrines se déclinent à nouveau avec un vin ancien. Le second opus de ce format réunit 11 participants (8 hommes et 3 femmes) “recrutés” parmi la clientèle du Capybara. L’ouverture des héros de la soirée s’opère à 15 heures tapantes et la plupart des fragrances sont relativement discrètes mais laissent présager de belles perspectives ! La principale surprise provient du Mercurey – Roger de Jouennes 1955 dont le bouchon était tombé discrètement au fond de la bouteille… Durant des années entières, le vin n’était “tenu” que par une capsule qui plus est, légèrement trouée ! Allait-il être encore buvable ? La question était légitime et la réponse sera apportée dans ce compte-rendu.

En dehors des organisateurs, un seul participant avait participé à une soirée des Archives du vin. Un traiteur d’exception qu’il convient de féliciter et remercier chaleureusement pour la qualité des mets proposés nous a nouveau concocté les réjouissances servies avec les vins suivants :
- Châteauneuf-du-Pape – Blanc – Domaine des Relagnes – 1993
Risotto safrané et amandes au miel - Pouilly-Fuissé – Domaine Leon Violland – 1959
Tartare de saumon, fruit de la passion et ananas - Bandol – Longue Garde – Château Jean-Pierre Gaussen 1999
Caponata aux aubergines - Saint-Emilion Grand Cru Classé – Château La Fleur Cravignac 1981
Veau façon tajine avec pruneaux et épices - Chambertin Grand Cru – Domaine Trapet 1987 et Mercurey – Roger de Jouennes 1955
Mousse de foie de volailles aux morilles et poêlée de pleurotes - Féchy – La Côte – Délices de Pierrot – Molliex et fils 1984 et La Côte – Mont-sur-Rolle – Abbaye de Mont – Domaine de la Ville de Lausanne 2000
Gruyère AOP affiné 24 mois - Vernaccia di Oristano – Riserva – Azienda vinicola Attilio Contini 1987 et Vinzel – La Côte – Château de Vinzel 1998
Bleu de la gruyère
Le Châteauneuf-du-Pape 1993 – Blanc – Domaine des Relagnes 1993 a un beau nez qui évoque la noix et les épices. C’est un vin de caractère qui possède une belle fraîcheur et un certain punch. L’accord entre en résonance avec le risotto et amandes au miel. Le Pouilly-Fuissé – Domaine Leon Violland 1959 est empreint d’une belle fraîcheur, de gras et d’une matière soyeuse. Il est salivant et gouleyant à souhait et s’accorde à merveille avec le tartare de saumon. Seule l’étiquette trahit son âge.

Le Bandol – Château Jean-Pierre Gaussens 1999 est d’une rare subtilité avec un côté terreux, des notes balsamiques et de tapenade. Ce vin magique a la puissance d’un guerrier. C’est une sorte de “Merlvin l’enchanteur !” qui rehausse la délicieuse caponata aux aubergines. Le Saint-Emilion Grand Cru Classé – La Fleur Cravignac 1981 est assez austère au nez mais séduisant en bouche avec des évocations florales et du tabac. Il lui manque toutefois un soupçon de longueur.
C’est la troisième fois que je sert le Domaine Trapet – Chambertin Grand Cru 1987 aux Archives du Vin. L’adage proféré par Emile Peynaud “il n’y a pas des grands vins mais des grandes bouteilles” prend ici tout son sens. C’est certainement le meilleur Chambertin de cette trilogie. Le vin préféré de l’Empereur Napoléon est un vrai régal avec ses fruits noirs, un côté sous-bois et de beaux amers en finale. Le veau façon tajine avec pruneaux et épices n’a quant à lui rien à lui envier !

Fin du suspense ! Dépourvu de liège, le Mercurey 1955 est complètement oxydé et certainement à l’origine de l’expression “tourner au vinaigre” !
Arrivent à présent les fromages. Le Féchy – Délices de Pierrot – Molliex et fils 1984 est servi avec la carafe à chasselas conçue par l’artisan-verrier Yann Oulevay. Hélas, ce chasselas de La Côte est lui aussi oxydé et ne rentrera pas dans les annales de Bacchus. Je décide alors de servir un vin rouge de Mont-sur-Rolle provenant de l’Abbaye de Mont – Domaine de la Ville de Lausanne 2000. Cet assemblage de pinot noir et gamay est gourmand et a encore une belle tenue.
Le Vernaccia di Oristano – Riserva – Azienda vinicola Attilio Contini 1987 évolue dans un registre oxydatif traditionnel. C’est un bel accord avec le bleu de gruyère. Les festivités se terminent avec un invité surprise : un Vinzel – La Côte – Château de Vinzel 1998 de très belle facture. Comme le souligne l’expression locale “Un Vinzel, rien de tel” !


Chacune et chacun a pu voter pour ses vins préférés (classement de 1 à 10 du meilleur au moins apprécié basé sur un jugement de pur plaisir et non sur les qualités intrinsèques du vin). Le classement de l’ensemble de la joyeuse tablée est :
- Bandol – Château Jean-Pierre Gaussen 1999
- Chambertin – Grand Cru – Domaine Trapet 1987
- Pouilly-Fuissé – Domaine Leon Violland 1959
- Châteauneuf-du-Pape – Blanc – Domaine des Relagnes 1993
- Vernaccia di Oristano – Contini 1987
- Saint-Emilion – Grand Cru Classé – Château La Fleur Cravignac 1981
- Vinzel – La Côte – Château de Vinzel 1998
- Mont-sur-Rolle – La Côte – Abbaye de Mont 2000
- Mercurey – Roger de Jouennes 1955
- Féchy – La Côte – Délices de Pierrot – Molliex et fils 1984

L’ambiance de ce second “Rendez-vous des Archcavistes” était fort enjouée mais néanmoins sympathique. Un grand merci au Capybara et au traiteur pour ces magnifiques moments de grâce. Il nous tarde de recommencer aussi vite que nécessaire et aussi rapidement que possible !
Vincent Guillot