Cena No III – Repas du 1er octobre 2021 : une magnifique soirée avec 400 ans de millésimes !

Enfin et en vin ! Après une pause de 22 mois, les Archives du Vin reprenaient du service avec la tenue du troisième repas qui s’est déroulé à l’Hôtel du Mont-Blanc à Morges. C’était une première dans cet établissement de bonne renommée situé sur les quais de La Coquette.

L’ouverture des bouteilles débute vers 16h15. Il me faut plus d’une heure et demie afin de venir à bout des lièges dont un seul sera finalement extirpé en entier… Il faut préciser que les 7 bouteilles affichaient une moyenne d’âge de 57,14 ans pour un total cumulé de 400 ans de millésimes ! Faire revenir à la vie des vins anciens est l’œuvre de la patience… Le nectar m’ayant donné le plus de vrille à retordre est le Domaine de Pavie 1924 dont le bouchon était collé au flacon.

Son odeur ne laissait rien présager d’engageant si ce n’est une pointe de tabac blond. Le plus joli nez après ouverture est sans conteste le Torcolato – Maculan 1983 à l’enthousiasmante fragrance de mandarine Napoléon. Quel bonheur !

Nous étions 8 participants à prendre part aux festivités. Cinq n’avaient jamais expérimentés l’univers des vins anciens.

Le menu de la soirée était le suivant :

  • Amuse-bouche : noix de Saint-Jacques légèrement snackée, coulis de crustacés
  • Première entrée : mousse de féra fumée du lac Léman
  • Seconde entrée : petit atriaux rôtis sur leur lit de salade acidulée
  • Plat principal : noisette de chevreuil et garniture de chasse
  • Fromages
  • Dessert : entremets au chocolat fin

Cépage valaisan indigène de stature internationale, la Petite Arvine a été mentionnée pour la première fois en 1602 dans une vigne à Molignon près de Sion.  Ce Grand Cru de Molignon – Petite Arvine – Marius Pitteloud – Valais 1986 et sa trame oxydative accompagne à merveille l’amuse-bouche avec des arômes de safran, curry et noix.

La Réserve du vieil Hôtel Jobert (situé à Gevrey-Chambertin) – Meursault 1988 se livre sur un ton plus classique avec ses notes caractéristiques de brioche au beurre et miel. L’accord est néanmoins réussi avec la mousse de féra fumé du Léman.

La seconde entrée laisse place au Vosne Romanée « Les Beaux Monts » – Antoine Ligeret – 1959. Il s’agit d’un très grand millésime en bourgogne tant en blanc qu’en rouge. Ce lieu-dit (qui peut aussi s’écrire « Les Beaumonts ») situé sur un secteur de 1,79 hectares est classé de nos jours en Vosne Romanée village. Trop haut sur la pente, affublé d’un sol trop mince, ce climat est sujet à des vents trop froids pour mériter le statut de premier cru. Il évoque les olives noires, un côté de jambon fumé et un air de caoutchouc qui n’est pas sans rappeler l’odeur caractéristique d’un « manchon de piscine ». Une vraie madeleine de Proust ! Ce vin reflète l’âme de la Bourgogne. Il entre en parfaite connivence avec les atriaux rôtis.

Place maintenant à la noisette de chevreuil et garniture de chasse servie sur le Clos du Calvaire – Châteauneuf-du-Pape 1943 et le Domaine de Pavie – Saint-Emilion 1924

Cette cuvée historique castelpapale à dominante de grenache créée en 1923 par Louis et Alphonse Mayard était exportée et se retrouvait sur les plus belles tables de la restauration française. Quel diamant brut ! Malgré une forte odeur de terre mouillée à l’ouverture, la magie du vin opère un nouvelle fois sur un millésime exceptionnel à Châteauneuf ! En cette année 1943, la France était occupée du Nord au sud et un certain Jean-Philippe Smet venait au monde… Un côté fumé et de tabac sont au rendez-vous. Nous sommes conquis tant l’accord se fonds dans cette scène de chasse tel un tableau de Rubens.

Sur le chevreuil, le Domaine de Pavie – Saint-Emilion 1924 se montre plus fruité avec des accents de figue, de fruits confits et de pruneau. A 97 ans, il n’a certes plus le physique d’un jeune premier mais conserve néanmoins toute sa tête et sa fraîcheur. Déguster un vin quasi centenaire est toujours aussi émouvant !

Le Dezaley Guenettiaz – Obrist – 1964 est un peu court en bouche mais se révèle être néanmoins le compagnon idéal sur le Roquefort, l’Epoisse et surtout le Gruyère.

Peu répandu dans nos contrées, le Torcolato est un vin doux originaire de Breganze en Vénétie. Ce nectar est produit entièrement avec le cépage Vespaiolo qui doit son nom aux guêpes qui en sont friandes. Les baies sont récoltées exclusivement à la main et laissées à sécher en cave durant 4 mois. Peu sucré mais doté d’une belle matière, cet or liquide se révèle séduisant sur l’entremet au chocolat noir. Un peu de douceur dans ce monde de brutes ne fait jamais de mal !

Nous avons voté à l’unanimité pour nos vins anciens préférés (classement de 1 à 7 du meilleur au moins apprécié). Il s’agit plus d’un jugement de plaisir que de décortiquer les qualités intrinsèques de chaque vin. Voici les votes :

  1. Clos du Calvaire – Châteauneuf-du-Pape 1943
  2. Vosne Romanée « Les Beaux Monts » – Antoine Ligeret – 1959
  3. Grand Cru de Molignon – Petite Arvine – Marius Pitteloud – Valais 1986
  4. Domaine de Pavie – Saint-Emilion 1924
  5. Torcolato – Maculan 1983
  6. Réserve du vieil Hôtel Jobert – Meursault 1988
  7. Dezaley Guenettiaz – Obrist – 1964

Ce repas placé sous le patronage de la bonne humeur m’a une nouvelle fois donné l’opportunité de transmettre ma passion pour les vins anciens. Il est certain que ces témoignages liquides d’un autre temps avaient encore un vibrant message à nous transmettre. Les accords mets et vins ont rayonnés et nous ont fait vivre un beau moment de gastronomie grâce à la cuisine généreuse de l’Hôtel du Mont-Blanc. Un grand merci à tous les participants pour leur présence et leur enthousiasme ! Vive le vin !

Vincent Guillot

1 commentaire sur “Cena No III – Repas du 1er octobre 2021 : une magnifique soirée avec 400 ans de millésimes !

  1. Quel bonheur que ces quelques heures de magie, hors du temps par la force des choses! Il est impressionnant de songer aux années qu’ont traversé ces nobles liquides et très émouvant de penser aux femmes et aux hommes qui ont cultivé la vigne et élaboré ces vins. Merci à Vincent de nous faire les goûteurs privilégiés de ce passé qu’il sait si bien faire “renaître à la vie” comme il le dit si justement.

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